mercredi 13 décembre 2017

La charte de liberté de Montelimar.

Ce magnifique témoignage est heureusement conservé dans la chapelle Saint-Pierre et est particulièrement précieux et émouvant , ce qui explique ce billet unique . On y découvre en effet les deux co-seigneurs de la famille Adhémar offrir liberté et privilèges d’impôts pour la ville de Monteil qui n'est autre que le nom d'origine de Montélimar (le petit mont).

 Selon Robert Favreau  il s'agit d'un usage d'assurer par la pierre la publicités de privilèges et exemptions qui se développe au XII) siècle en particulier avec la renaissance du droit écrit.
Il n'existe dans le sud de la France que trois documents similaires et tous dans la Drome, le plus ancien est à Crest daté de 1189, celui de Montélimar de 1198 et un de 1245 à Etoile-sur-Rhône.

Je laisse découvrir le texte dont le ton manifestement solennel est aussi un témoignage d'un autre grand mouvement du Moyen-age au tournant du XII) siècle; celui de l’émancipation des villes!

Je tente d'en donner ici le texte latin et les puristes voudront me pardonner et corriger mes erreurs, en effet je n'ai pas trouver le texte latin dans sa version d'origine, et malheureusement il n'est pas transcrit dans le musée et il aurait été dommage de ne pas lire cette belle langue:

" ANNO AB INCARNATIONE DOMINI MCXC OCTAVO EGO GERALDUS AEMARIVUS ET EGO LAMBERTUS NOS DUO DOMINI MONTILI PER NOS ET PER NOSTROS BONA FIDE ET SINE DOLO ET MERA LIBERALITATE ET SPONTANEA VOLONTATE DONAMUS ET TITULO PERFECTE DONATIONIS CONCEDIMUS OMNIBUS NOSTRIS DE MONTILIO PRESENTIBUS ET FUTURIS LIBERTATEM TALEM NE DE CETERO TOTAM VEL QUISTAM VEL ALIQUAM NOVAM EXACTIONEM VEL PRAVA USATICA IN EIS FAICIAMUS VEL ALIQUO MODO FIERI PERMITAMUS NEC EIS PER VIM VEL PER ALIQUAM FORCIAM GRAVAMEN ALIQUID VEL JACTURAM NISI NOS VEL ALIQUIS SUCCESSORUM NOSTRUM PREDICTAM DONACIONEM ET LIBERTATEM QUOCUMQUE MODO VIOLARE TEMPERAVIT JAM DICTOS OMINES NOSTROS ET RES EORUM IN VILLA MONTILI SUB DOMINO NOSTRO IN PRESENTI VEL IN FUTURO EXISTENTES AB OMNI JURE ET FIDELITATE ET OMINIO ABSOLVIMUS ET UT OMNIA SICUT SUPERIUS SCRIPTA SUNT FIDELITER OBSERVIMUS ET NULLO TEMPORE CONTRAVENIAMUS TACTIS SACROSANCTIS EVANGELIIS JURAMUS "

" L'an de l'incarnation du Seigneur 1198, moi Géraud Adhémar, et moi Lambert, nous deux seigneurs de Monteil, en notre propre nom et au nom des nôtres, de bonne foi, sans ruse, par pure libéralité et par volonté spontanée, nous donnons et nous concédons par ce titre de donation authentique à tous nos gens de Monteil, présents et futurs, une liberté telle que dorénavant, nous n'instituerons sur eux,aucune tolte ,aucune queste, aucune nouvelle taxe, ni aucun mauvais usage, et nous ne permettrons, en aucune manière, d'en créer, par contrainte, par une quelconque force, par violence, ou par des poursuites sauf ce qui est dû par le droit et par la justice, que si nous, ou l'un de nos successeurs, tentions de violer, d'une quelconque manière, cette susdite donation et liberté, alors nous délierions tous nos susdits gens, avec leurs biens, dans la ville de Monteil, qui sont actuellement sous notre dépendance ou qui y seront dans le futur, de tout serment, fidélité ou hommage, et pour respecter fidèlement tout ce qui est écrit ci-dessus sans jamais nous y opposer, en touchant les saint évangiles, nous jurons."

Magnifique traduction de Michèle Bois.




dimanche 10 décembre 2017

La chapelle castrale de Montélimar.

Actuellement placée sous le vocable de Saint-Pierre, elle conserver encore celui de Sainte-Guitre diminutif de Sainte-Marguerite.
C'est un charmant et homogène édifice du XI° siècle assez rare en Provence. Chapelle du château elle devint rapidement également église paroissiale de l'agglomération qui s'était développée rapidement au XII° ce qui démontre que loin d’être une citadelle fermée le château était une véritable résidence administrative ouverte sur la ville.

Elle conserve un plan relativement ample avec une nef unique plafonnée avec trois absidioles voûtées en cul-de-four .

La croisée du transept saillant est couverte d'une coupole sur trompes et d'un oculus central. Elle à aussi conservé ses portes d'origine à l'ouest et au sud. Les murs sont parementés en petit appareil et le chevet garde encore des arcatures lombardes.Quelques fresques sont encore visibles en particulier un grand Christ au cul-de-four de l'abside centrale datées du XV° siècle mais qui présentent un aspect archaïsant.








L'ensemble à fait l'objet d'une belle restauration, amplement méritée pour cet édifice certes modeste mais intéressant pour l'histoire de l'architecture romane dans la région. Il existe à la retombée nord de l'arc de l'abside une inscription de la dédicace à Saint-Pierre du XI° siècle que je n'avais pas remarqué  lors de ma visite, cela démontre une fois de plus la nécessité de voir et revoir ce qui parait le plus évident pour mieux apprécier la richesse du lieu ( si ben entendu quelqu'un conserve une photo de cette dédicace, je suis très amateur ) .

dimanche 3 décembre 2017

Montélimar ou l'une des plus belles résidence palatiale romane du sud de la France.

Montélimar semble être dédiée des l'origine de la création par les gallos-romains du bourg d'Aucunum à une vocation routière.

Encore de nos jours où vrombissent les moteurs de vacanciers surchauffés sur l'asphalte de l'autoroute  A7, Montélimar occupe dés l'origine un nœud routier essentiel à la traversée du Roubion entre Lyon et Marseille sur la Via Agrippa.
Mais c'est à l'époque médiévale que la ville doit son développement sur une éminence dominant la vallée du Rhône et par la volonté d'une de ces familles seigneuriales particulièrement entreprenante entre les XI° ET XII° siècles; les Adhémar. La ville prendra alors le nom de ses fondateurs "Montilium Adhemari".

Le château  construit sur une éminence dominant le fleuve, comme signe évident du pouvoir cette famille est original à plus d'un titre. En effet il est en réalité l'association de deux châteaux jumelés dans une forme originale de "copropriété" entre deux branches cousines mais associées des Adhémars qui gouvernent ensemble les vaste territoires rhodaniens des alentours.

Les châteaux que l'on visite aujourd'hui épousent selon un tracé complexe toute la butte de leur hautes murailles autour d'un donjon principal quadrangulaire au sein duquel le logis seigneurial, seconde originalité, à été conçu comme un véritable complexe palatial et non pas un ouvrage purement défensif.


Ce palais roman agrandi au XIII° siècle est l'un des plus bel ouvrage civil roman de la vallée du Rhône.

Son plan en forme de L  très simple, sur plusieurs étages il possède une loggia portée par une entrée monumentale ouverte avec une haute arcature en plein cintre à claveaux bicolores qui en fait une superbe entrée d'honneur.


L’intérieur a été fortement restauré mais le plan a toujours été conservé. Une seule tourelle d'escalier dessert les étages supérieurs et en particulier des chambres et des dépendances qui gardent encore des niches et des éviers avec déversoirs de leur date de construction.



La salle d'honneur est la plus vaste et la plus luxueuse de cet ensemble d'exception.
Tournée vers l'ouest, la ville et la vallée du Rhône, elle prend la forme d'une loggia décorée avec ostentation avec neuf fenêtrés en plein cintre à baies jumelées décorées d'un luxe de faux-tympans d'une corniche de perles et de pirouettes dans le style antiquisant propre à la Provence. Les fines colonnettes des fenêtres présentent une décoration variée avec d'élégants chapiteaux à motifs végétaux.



On remarque aussi l'usage de pierres polychromes blanches et jaunes comme à la cathédrale de Valence ou d'autres églises voisines.


Manifestement cette résidence avait avant tout une vocation administrative et de prestige elle devait être vue et admirée de tous pour manifester avec ostentation la puissance de ses occupants, c'est la raison pour laquelle cet ouvrage magnifique est d'avantage un palais qu'un château comparable par sa conception aux grands palais rhénans ou catalans.

C'est aussi un ouvrage unique dans la région et trop peu reconnu d'une ville fameuse seulement pour ses nougats et ses embouteillages...


samedi 25 novembre 2017

Les songes du Val des Nymphes.

Peu de lieux inspirent une telle nostalgie que le Val des Nymphes et ses ruines romantiques aujourd'hui déformé par une restauration certes nécessaire mais qui en amoindri le charme.

Cet ancien prieuré dépendance de Tournus et mentionné en 1059 est un site très ancien installé sur un lieu de culte antérieur aux romains dont il reste de nombreux vestiges réemployés pour certains dans l'église de La Garde-Adhémar.




La chapelle à nef unique de trois travées dont la voûte est effondrée est bâtie en moellons réguliers et est épaulée par de très larges contreforts qui lui donne cet aspect si particulier.
 Il y a quelques année à ciel ouvert elle a été aujourd'hui recouverte d'une toiture qui en diminue grandement l'attrait.

C'est à peine si l'on peu admirer encore l’exceptionnelle décoration de son abside. Elle possède en effet deux étages d'arcatures qui reprend le modèle des amphithéâtres romains, autrefois même il existait dans le chœur une statue antique décapitée qui semblait comme le témoignage des cultes passés qui se sont succèdés dans ce lieu.

L'étage inférieur de l'arcature retombe sur de forts pilastres avec des chapiteaux à feuillage tandis que l'élégante arcature supérieure présente de fines colonnettes avec des chapiteaux corinthiens.

La façade présente également un dispositif original de petits moellons et à l'étage supérieur et  d'un appareil régulier soigné comme à La Garde-Adhémar.


 La façade est très dépouillée à l'exception du portail dont l'archivolte est vraisemblablement un réemploi antique. A l’étage supérieur trois arcatures aveugles en plein cintre ont été imaginé tout comme à la Tour Magne de Nîmes marquant ainsi et à nouveau dans la région la place majeure de l'imitation des modèles antiques dans l'art roman provençal.



ce lieu reste emprunt de paix et d'une certaine magie on ne peut que regretter qu'une certaine pression touristique n'ai pas conduit ses restaurateurs à en préserver tout le charme et je partage également ici d'anciennes images d'il y moins de 20 ans , il est amusant de voir comment les temps changent notre vision des monuments et il faudrait sans doute s'interroger sur une certaine "histoire du goût" ...




samedi 18 novembre 2017

L'intérieur de l'église de La Garde-Adhémar et la statue de la Vierge.

Quand on entre dans cette église on en mesure rapidement l’ingénieuse ordonnance intérieure ainsi que la parfaite harmonie des volumes. L'église comporte trois nefs et se termine à l'est par une abside centrale et deux absidioles et à l'ouest par une seconde abside survivance de la tradition carolingienne. 

Le dernière travée de la nef est plus haute que les précédentes sans doute pour suivre le mouvement naturel du terrain. elle est couverte d'une magnifique coupole sous le clocher qui semble d'une hauteur vertigineuse.


Le plan de l’église est surprenant il forme presque un carré d'une douzaine de mètres de cotés en absence de transept . Toutefois les dimensions modestes de la nef sont compensées par une étonnante élévation. Élévation des murs sans aucun décor sculpté et de la nef qui suivant la déclivité du sol semble s’élever jusqu'au chevet. La lumière ne pénètre que par de petites ouvertures qui accentue encore cette impression de recueillement.

Autre particularité de cette église, l'usage d'un berceau légèrement brisé pour les deux premières travées et des renforts par des simples doubleaux prenant appui sur de longs pilastres. Dans chaque travée de la nef des arcatures aveugles en plein cintre renforcent les murs mais rompent aussi la monotonie d'une nef trop élevée. De grandes arcades font communiquer la nef et les bas-cotés.







L’église semble dépourvue de tout décor  à l'exception des consoles au centre des arcatures aveugles de la nef et une frise en faible relief de motifs végétaux dans l'abside centrale. La magnifique coupole octogonale du clocher qui semble comme suspendue très au au dessus du chœur est un magnifique exemple de ce type d'ouvrage très rependu en Provence rhodanienne. Comme à la Batie-Rolland ou la chapelle Barbara les trompes sont ornées de longues palmettes dont la base est souligné par un cordon mouluré. 



Tout l'ensemble de cet édifice montre une grande homogénéité de construction avec l'emploi d'un appareil de qualité régulier avec des joint fins et une grande qualité de taille ce que confirme les nombreuses marques de tâcherons. On remarquera aussi l'emploi dans la nef d'une belle table d'autel ancienne reposant semble t-il sur des éléments gallo-romains ainsi qu'une belle stèle funéraire de la même période à l'entrée. 


Enfin il ne faut pas manquer d'admirer la charmante vierge dite "de bons secours"  du XII° siècle qui est une des rares vierge subsistante de cette époque en Provence. Elle siège en cathedra sapientiae, c'est à dire présentant au monde son fils bénissant de la main droite et tenant le livre de la main gauche. La sculpture est relativement naïve mais touchante de simplicité.