dimanche 8 janvier 2017

Saint-Grégoire de Klosterreichenbach.


Je reprends le cour de ce voyage en suivant la route de la Foret Noire jusqu'à Speyer en faisant une halte par le hameau de Klosterreichebach où l'on peut admirer une belle et sobre église siège d'un prieuré dépendant de l'abbaye toute proche de Hirsau .
Le fondation de l'église daterait de 1082 et fut achevée en trois années jusqu'en 1085 date de sa consécration par l’évêque de Constance. Il n'y a que peut de source précise sur sa construction mais un plan laisse mesurer la relative importance de cette fondation clunisienne qui disposait également d'un cloître aujourd'hui disparu et de nombreux bâtiments monastiques.



L'église actuel présente un plan basilical, fréquent dans la région avec un beau massif oriental avec deux tours latérales percées de baies en plein cintre, a noter la présence d'absidioles orientées au nord et au sud à la base de chacune des tours. L'église comportait également u vaste porche, ici fortement remanié comme à Hirsau.




A l'interieur une vaste nef  unique plafonnée permet d’accéder à l'abside plus large que la nef qui forme aussi la croisée du transept séparée par deux grosses piles formées de quatre colonnes réunies. On peut aussi remarquer les reste des poignées de bronze à tête de lion sans doute d'époque romane mais plus frustes que celles d'Alpirsbach.

vendredi 23 décembre 2016

Le lutrin de Freudenstadt; une sculpture unique et exceptionnelle.

Il est difficile de retenir le choc artistique que l'on éprouve en admirant cette oeuvre majeure si bien conservée et exposée et qui était pour moi un des buts de ce voyage .

Le lutrin que l'on admire est compose de deux ensembles; le support avec les  quatre évangélistes et la partie supérieure du lutrin composant le pupitre où sont représentés les symboles des évangélistes.
La hauteur du lutrin est de 120 cm et les sculptures des évangélistes de 90 cm le tout sculpté dans du bois de saule.Il garde encore de trace de peinture très vive qui démontre encore une fois que bon nombre des sculptures romanes étaient entièrement peintes.

La sculpture est d'une impressionnante maîtrise et est assurément une oeuvre majeure de la sculpture romane sur bois. Les évangélistes sont représentés pieds nus dans une pose hiératique et solennelle portant de leurs bras et de leurs épaules le plateau sur lequel repose le porte-livre. Ils portent chacun une toge et un manteau au beau drapé et dirigent au loin leur regard fortement expressif sans  fixer personne mais est d'une grande solennité et puissance.





Le pupitre était en outre doté d'un dispositif tout a fait ingénieux; en effet on pouvait y glisser un encensoir relié par des tubes de cuivre qui sortait grâce à une petite ouverture pratiquée au niveaux des symboles des évangélistes. pendant les offices de l'encens pouvait ainsi sortir de chaque coté des ouvertures pour se rependre dans l'église ou le lieu ou était installé le lutrin .



L'origine de ce lutrin est encore trouble; il est généralement attribué au monastère d'Alpirsbach, mais plusieurs auteurs considèrent, en raison de son caractère unique et sans doute très précieux qu'il proviendrait peut être du monastère d'Hirsau qui en outre était l'abbaye fondatrice de la plupart des fondations clunisiennes voisines. On a pu même considérer que celui-ci était installé dans la bibliothèque ou le scriptorium du monastère d'Hirsau. En outre la sculpture de l'un des visages d'un évangéliste, Saint-Jean serait proche de celle de l'abbé Guillaume de Hirsau, représente sur une miniature du Codex Traditionum monasterii Reichenbacensis et datée comme le lutrin du milieu du XIIe siècle. On y trouve aussi la marque d'une influence stylistique byzantine et peut etre bourguignonne si l'on pense aux fresques de Brezé ( Cluny etait aussi la Maison-Mère d'Hirsau)

Enfin il faut dire un mot de la disposition des quatre évangélistes, situés aux quatre points cardinaux . Les quatre évangélistes qui se font dos à dos sont les serviteur d'un seul livre et même d'une seule foi, Il portent le verbe qui raconte la vie et résurrection du Christ ainsi que la parole de Dieu; et l'utilisation délibérée de l'encens à également une haute portée symbolique et marquante par sa légèreté sa fluidité et son parfum qui emporte les esprits des fidèles. profession que l'on retrouve dans les textes de l'un des pères de l'Eglise, Saint-Irénée qui écrivait :
         
              " Là, quatre régions et quatre principales directions du vent sont dans le monde, dans lequel nous nous trouvons et l'Église est semée sur toute la terre , mais l’Évangile est le pilier de la terre et le fondement de l'Église et son souffle de vie..."
Irénée de Lyon, contre le hérésies, III-11, 8.




Cette oeuvre remarquable mérite à elle seule un voyage et une longue et apaisante méditation.


jeudi 15 décembre 2016

Les mystères du bénitier de Freudenstadt.

La petite ville de Freudenstadt, possède deux trésors remarquables de l'art roman dans son église . Je consacrerai un article particulier au lutrin qui est une oeuvre majeure de la sculpture sur bois.
Mais le bénitier est lui bien moins connu est surtout très peu décrit ce qui est étonnant pour un si bel ensemble sculpté.

Tout au plus une petite pancarte annonce qu'il daterait du XIe siècle, affirmation qui n'est pas étayée et qui reste donc à vérifier.

Pourtant ce bénitier mériterait une étude approfondie tant sa sculpture y est vive et tant son état est parfait de conservation.

Le bénitier présente une large vasque de grès soutenue par un fut circulaire en forme de simple colonne, aux angles duquel ont été sculptés des lions stylisés ou de panthères et un curieux acrobate dont on remarque surtout le visage aux longs cheveux lissés.


La vasque présente en partie basse et supérieure un cordon qui en fait le tour, cordon d'entrelacs en forme de vagues autour du bassin et qui symbolise à la fois l'infini et le renouveau propre au baptême.

La vasque du bénitier est sans aucun doute la plus intéressante; plusieurs animaux fantastiques ou légendaires s'y affrontent; des félins , un cerf et des basilics ou des dragons. Opposées de chaque coté deux têtes humaines aux longues tresses aux traits presque barbares semblent  saisir de la queue ou du coup de certaines des créatures.


Faut il y reconnaître un symbole fréquent dans l'art roman qui n'est pas seulement celui de la lutte du bien contre le mal mais celui de la conversion par le baptême et de l'abandon des anciennes religions païennes; c'est ma position légèrement nuancée par rapport à celle de Ulrike Kalbaum dans son ouvrage " Romanische Türstürze und Tympana in Südwestdeutscland..." qui y voit davantage le triomphe de la vie sur la mort par l'eau .



Reste la datation et la provenance de ce bénitier mais aussi de sa filiation stylistique qui reste plus délicate. Il semble impossible de rattacher cette oeuvre à Alpirsbach si la datation est bien celle du XIe ; peut être s"agit il d'une oeuvre provenant d'Hirsau  ou de l'ancien monastère de Kneibis dont les ruines sont proches, le mystère est entier de même que l'inspiration cependant le choix du thème, le goût pour une inspiration presque païenne ou nordique comme par exemple la présence d'un nombreux bestiaire ou de têtes humaines; n'est pas sans rappeler le tympan de Rheinau que je présenterai plus loin. Comme chaque fois je reste ouvert à le découverte .



mercredi 7 décembre 2016

Les fresques de l'étonnante abside d'Alpirsbach.

La description des fresques de l'abside est sans doute la plus hasardeuse en l'absence de sources parfaitement fiables, il faut donc sa rattacher aux quelques sites en allemand qui les décrivent et à l'observation visuelle et une certaine habitude.

Tout d'abord il convient de décrire l'abside qui est tout a fait surprenante par sa disposition . J'ai déjà évoqué le goût pour les chœur surélevé ou les cryptes hautes qui parfois forment comme une sorte de tribune et qui est assez caractéristique de l'art ottonien ou lombard.

Mais ici l'abside est constituée de trois chapelles en cul de four assez étroites car elle ne dépassent pas la largeur de la nef. En outre le plan intérieur n'est pas visible à l'extérieur car l'ensemble est inclus dans un seul et large chevet. L'absidiole centrale est la plus profonde le deux autres semblent tout au plus former de simple "niches". Dans chacune d'elle est installé un autel en pierre dont je ne peux dire qu'il soit d'époque romane. Au dessus de ces trois chapelles s'ouvre une plate-forme formant terrasse au dessus du chœur  où se trouve également un autre autel de pierre.

Cette disposition est très originale et pour certains auteurs présentée comme unique. L'ensemble peut être daté de l’extrême fin du XIIe ou du début du XIIIe avant la surélévation de l'abside par de vastes fenêtres gothiques.

Les trois chapelles sont recouvertes de fresques datées du début du XIIIe mais que l'on peut rattacher à la période romane ou de transition qui en Allemagne à largement débordé le XIIe comme je l'ai expliqué auparavant.

Les fresques des deux chapelles latérales sont trop peu visibles, mais celle de la chapelle centrale sont encore éclatantes de couleurs et très vives de style.


Au cul de four est représenté la crucifixion dans un style vif bien qu'un peu naïf.

Au plafond, le Jugement Dernier. Le Christ dans une mandorle encadrée des symboles des évangélistes, accueille à sa droite les élus et semble chasser à sa gauche les damnés, parmi lesquels on identifie nombre de prélats et de seigneurs.



Ces peintures permettent de mesure l'importance de l'abbaye d'Alpirsbach  par la richesse de ses arts décoratifs, importance que nous mesurerons aussi l'admirable lutrin de bois conservé à Freudenstadt.

dimanche 4 décembre 2016

Alpirsbach; Volumes intérieurs et sculptures.

Deuxième billet pour cette église majeure de l'art roman en Forêt-Noire afin d'en découvrir toute la richesse et aussi car je trouve que l'accumulation de photographies nuit souvent à à le découverte mais aussi à l'envie de la visite.

C'est dans la nef que l'on découvre toute l'originalité du plan de l'église. La travée orientale de la nef forme avec la croisée le chœur mineur séparé du vaisseau par une barrière . Le mur ouest au dessus du portail d'entrée possède une galerie prévue sans doute à l'origine pour recevoir le Prince ou les hautes personnalités civiles. On peu imaginer qu'au dessus du vaste parvis de l'entrée devait être réalisé une véritable salle comme dans certaines chapelles supérieures des narthex qui n'a finalement pas été exécutée ici.

On devine également sur l'une de ces images une deuxième galerie à la croisée nord du transept; elle destinée à l'abbé.

La nef occidentale, présente elle un plan basilical avec avec des piliers-colonnes supportant des chapiteaux cubiques très habituels à l'art roman d'Allemagne.

On peut aussi remarquer tout le long de la nef la présence d'un décor en dents de scie avec une effet de polychromie par alternance de grès rouge et jaune.

Certains de ces chapiteaux fortement remaniés voir reconstruits aux époques ultérieures présentes des décors de séraphins ou de têtes humaines entourées de monstres.


Les angles des socles de colonnes sembles plus anciens pour certains avec leur masques humains grimaçant ou des têtes de monstres.




mercredi 30 novembre 2016

Alpirsbach; la Clunisienne ;

Alpirsbach est habituellement considérée comme une fille de l'abbaye proche d'Hirsau qui eut un rôle déterminant dans cette région et était au centre d'un vaste programme de reforme monacale déclenchée par la puissante abbaye de Cluny à la fin du XIe siècle.

J'ai déjà abordé le rôle de Saint-Ulrich, ce moine allemand passé par Cluny puis revenu dans la région pour y consacrer de nombreux monuments, et nous reviendront sur le l'imortancede l'abbaye d'Hirsau à l'occasion de la visite des restes de cette abbaye rayonnante. Mais on peut dire déjà que l'ordre bénédictin fut au centre de la querelle des investitures pour affirmer la suprématie de la Papauté sur l'Empereur.

On considère souvent que cette abbaye dédiée à Saint-Blaise ou Saint-Blasien doit son origine au comte de Zollern en 1095.
La construction fut rapide et sans doute achevée au début du XIIe siècle sa consécration étant datée de 1128.

L'église restaurée dans les années 1960 est généralement considérée comme la réplique de son modèle d'Hirsau dont il ne reste que peu de choses . Comme son abbaye-mère elle comporte un plan basilical à trois vaisseaux avec transept saillant et un grand chœur flanqué de tours latérales selon le modèle de Spire ou Speyer. Le chœur reconstruit à l’époque gothique repose sur une crypte surélevée.
Il ne reste des tour qu'une grande tour nord dont la base est romane.



Il existait également un cloître imposant totalement repris à l'époque gothique. Il reste aussi une partie des bâtiments conventuels et de l'enceinte.

On pénètre dans l'église par un vaste parvis où l'on découvre un beau portail où l'alternance de pierre de grès rouge et jaune n'est pas sans rappeler celui de la cathédrale de Speyer mais qui ici possède un beau tympan roman représentant le Christ dans une mandorle soutenu par deux anges. De chaque coté un moine et une religieuse sont agenouillés dans une position d'adoration.


Une belle inscription fait référence à Saint-Jean: on lit autour du tympan:
- " EGO SUM OSTIUM,  DICIT DOMINUS, PER ME SI QUIS INTROIERIT, SALVABITUR ".

La sculpture simple et rude est de belle facture et assez représentative de la sculpture de cette région de l'Allemagne où les tympans sculptés sont plus nombreux qu'ailleurs ce qui n'est sans doute pas sans lien avec le modèle clunisien .



Enfin on ne manquera pas d'admirer, avant d'entrer, les belles ferronneries romanes et en particulier les deux poignées de porte  en forme de têtes de lion avec motifs de serpents, de dragons d'entrelacs et de nœuds considérées par Harld Busch comme les plus belles d'Allemagne et qui rappellent aussi les arts nordiques ou même le paganisme germanique.

Les sources de ce billet sont a chercher dans le livre de Ehrenfried Kluckert: "Romanik in Baden-Württemberg" , De Harld Busch , "L'art roman du Saint Empire" et de Willibald Sauerländer, "Façade ou façades romanes".