samedi 19 août 2017

Notre-Dame d'Allan: la belle endormie.

Les ruines émouvantes de la chapelle Notre-Dama d'Allan , communément appelée "Chapelle Barbara" se découvrent dans un fouillis de lierres et d'arbustes au pied de l'ancien château d'Allan d'origine romane lui aussi.

Cette chapelle tient son nom et sa fondation à l'abbaye de l’île Barbe à Lyon dont la toponymie proviendrait du latin "insula barbara" soit l’île sauvage lieu de refuge des premiers chrétiens persécutés.

Cette fondation devait être cependant une dépendance importante car plus qu'une chapelle ce sont les restes d'une véritable église que l'on découvre dans un fouillis végétal qui donne au lieu un charme particulier. Elle peut être datée de la deuxième moitié du XIIe siècle et sa mention apparaît en 1183 dans une bulle du pape Luce III.

L'église sera ravagée pendant les guerres de religion qui l'amputeront de sa nef et accéléreront son abandon elle servira aussi de carrière expliquant la disparition complète de son parement extérieur, le chevet étant recouvert d'un épais manteau de lierre, il est vraisemblable que de nombreuses pierres pourraient être retrouvées dans les exploitations agricoles voisines.
Elle devra sa sauvegarde à l'abbé Jouve en en 1871.


On découvre aujourd'hui essentiellement le transept et les trois absides et absidioles du chevet ainsi qu'une magnifique coupole octogonale sur trompes dont l'oculus centrale laisse filtrer une lumière presque irréelle sur ces émouvantes ruines .
l'abside centrale est munies de cinq arcs engagés autrefois supportées par des colonnettes , un bandeau  orné de palmettes marque la naissance de la coupole.






Le décor est particulièrement soigné et délicat en particulier à la coupole. Entre chaque trompes on remarque la présence de grands cartouches entourés de moulures , décoration très locale que l'on retrouve à Donzère, Saint-Marcel-lès-Saulzet ou Mélas.


Les quatre trompes on un beau décor de longues palmette ou de volute selon des modèles proches du Tricastin à la Garde-Adhemar ou Saint-Restitut.





C'est donc une visite charmante loin de la cohue des voitures du grand axe rhodanien tout proche, qui me laisse une impression partagée face à l'intense beauté du lieu et une certaine nostalgie d'imaginer celui-ci condamné à une probable disparition si aucune mesure de sauvegarde n'est entreprise.


mardi 1 août 2017

Saint-Andéol de la Bâtie-Rolland.

La petite chapelle Saint-Andéol est le seul vestige oublié d'un prieuré bien plus important au Moyen-Âge, bâti sur un établissement gallo-romain à un croisement de routes importantes entre les Alpes et la vallée du Rhône.

C'est un édifice modeste à nef unique et abside semi-circulaire mais soigneusement construite en moellons de calcaire réguliers et bien appareillés.

Comme nombre de ces édifices modestes éloignés des centres urbains, elle est souvent fermée et sa décoration intérieure faite de motifs géométriques et floraux est réputée.

On peut deviner cependant la qualité de cette sculpture au portail ouest avec un porche surmonté d'une archivolte en arc brisé . Cet arc à double ressaut et décoré de damiers et de lignes en alternance de belle facture tandis que l'archivolte est sculpté de palmettes.







Au dessus du portail une fenêtre haute est formée d'une baie géminée couverte d'un arc en plein cintre avec un beau chapiteau à feuilles d'acanthe et roue solaire. Il semble que primitivement il existait un clocheton au dessus de la fenêtre comme pour certaines chapelles du Languedoc.


Bon nombre des pierres conservent de fines hachures dont certaines conservent de traces de pigment rouge ce qui laisse imaginer l'existence d'un enduit très coloré.

La qualité de la sculpture visible de l'extérieure, quelques marques de tâcheron permettent de dater cette chapelle du XIIe siècle. malgré sa modestie elle offre un aspect des plus plaisant et de plus raffiné pour un édifice aujourd'hui presque ignoré des circuits touristiques.

dimanche 30 juillet 2017

Saint-Restitut; l'église de l' aveugle né.

La tradition de saints est vivace en Provence comme celle de Sidoine, l'aveugle né que le Christ guérit  en lui imposant sur les yeux  de la boue et de la salive et après s’être lavé dans les eaux du Siloé recouvra la vue.
Après sa guérison il changea son nom pour celui de Restitut: " Restitutus est ei visus ".
Le culte de ce Saint est très en faveur en Provence et dans cette région de la Drôme car ce Saint est aussi celui qui accompagna les membres de la famille du Christ de Béthanie et qui accosta miraculeusement aux Saintes-Maries de la Mer à bord d'une barque sans voile ni rame. Rien d'étonnant à ce que le lieu devint aussi un but de pèlerinage important grâce à la présence des reliques du saint.
On attribue encore à Saint-Restitut la fondation de Saint-Paul-Trois-Châteaux que j'ai traité dans un précédent article.

Ainsi abordé la part de la légende qui conserve cependant une résonance particulière; l’église que l'on découvre aujourd'hui est un monument marquant de la Provence romane tant par son originalité que par la permanence de l'attachement à une tradition romaine qui est une des constance de l'art roman dans cette région.

Malheureusement, une fois encore, c’était au moins ma quatrième visite, l'église était fermée ! Je ne désespère pas cet été une nouvelle tentative et je n'aborderais donc que la visite extérieure qui est la plus intéressante.

Les premières mentions du lieu sont attestées des le Xe siècle comme dépendance de la cathédrale de Saint-Paul, mais elle ne sera mentionnée qu'au milieu du XIII e siècle lors de l'exhumation des reliques de Saint-Restitut qui furent brûlées et dispersées lors des guerres de religion, après la révolution c'est une fois de plus grâce au visionnaire de génie que fut Mérimée que l'église doit sa sauvegarde.

L'église actuelle est une église composite comprenant deux parties bien distinctes; une nef est un chevet du plus pur roman provençal avec une nef simple et un chevet polygonal de la fin du XIIe et du début du XIIIe siècle.





La partie la plus remarquable est le superbe portail méridional qui est des plus beaux exemple de l'influence des l'art antique dans l'art roman si en faveur dans la vallée du Rhône et que nous retrouverons dans d'autres billets qui suivront. L’élévation plus tardive d'une grande arcature en renforce l'harmonie ainsi que le choix d'un fronton triangulaire au dessus de l'arcature supérieure.
La sculpture est particulièrement soignée directement inspirée de l'antique, probablement de l’amphithéâtre de Nîmes. Cependant le sculpteur roman ajoute sa "touche malicieuse"comme ce curieux personnage semblant écarter le feuillage de ses mains pour passer un regard a l’extérieur .

La partie la plus ancienne et la plus originale est sans doute la tour occidentale, tour aveugle sur deux étages qui semble indépendante de l'église en dépit de nombreux remaniements.

Son intérêt principal est la présence d'une frise sculpté et d'un appareil décoratif de première importance pour l'art roman en Provence .Le décor occupe les quatre cotés de la tour, un seul est visible à l'interieur de l'église.
Le frise  ne constitue pas un ensemble parfaitement cohérent mais illustre des thèmes divers; le Christ aux adorants, l'Agnus Dei, les symboles des évangélistes, Adam et Eve et tout un répertoire d'animaux fantastiques et de personnages réalistes de cavaliers de chasseurs de maçons.



Ces carreaux sot taillés en cuvette avec des figures assez rigides souvent de profil. Ils sont tous de dimension unique à l'exception d'une pierre plus grande représentant le Christ bénissant.
Cette frise est surlignée d'une frise continue en petits carreaux de calcaire en damiers et en losanges avec un mortier rouge en imitation de l'opus signium romain.




Ce décor est aujourd'hui clairement daté du XIe siècle et n'est pas un réemploi comme on l'avait longtemps penser. S'il trouve ici une formule très originale il n'est pas éloigné d'autres grands modèles proches comme Saint-Martin d'Ainay à Lyon ou Saint-Romain le Puy en Forez . Ou encore de modèles plus proches comme Saint-Quenin de Vaison, Salagon, Moustiers-Sainte-Marie ...





Ainsi l'église de Saint-Restitut illustre à elle seule et de manière splendide toute une longue page de l'art roman provençal du début du XIe à la fin du XIIe siècle
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